Déclaration conjointe du Président de la République et de M. Sebastián Piñera, Président de la République du Chili

Déclaration conjointe du Président de la République et de M. Sebastián PIÑERA, Président de la République du Chili



- Palais de l’Élysée — Mercredi 20 octobre 2010

En cette année du Bicentenaire de l’indépendance du Chili, les Présidents Nicolas Sarkozy et Sebastián Piñera ont décidé de renforcer le dialogue politique et la coopération entre le Chili et la France, en vue d’atteindre un partenariat stratégique, qui s’appuie sur 200 ans d’histoire, d’amitié et de relations étroites fondées sur des valeurs et des principes communs : le respect de la démocratie et la défense des droits de l’Homme, la promotion du droit international et des instances multilatérales, les relations pacifiques entre les Nations, la défense de l’environnement et de la biodiversité, le développement des sources d’énergie renouvelables et enfin l’attachement à la liberté d’entreprendre, à la justice, à la cohésion sociale et à la lutte contre la pauvreté et les inégalités. L’amitié entre nos nations s’est illustrée par la solidarité et l’aide immédiatement apportée par la France à la suite du terrible séisme qui a affecté le Chili le 27 février 2010.

1. Dialogue politique sur les questions internationales et régionales

Les deux Présidents souhaitent approfondir le dialogue politique en s’appuyant sur des consultations franco-chiliennes sur les grands thèmes de l’agenda international, en vue de parvenir à un accord qui institue un partenariat stratégique qui rendra plus consistantes les relations politiques, intensifiera les liens économiques et commerciaux et orientera notre coopération vers des domaines et des horizons innovants.

La France et le Chili s’accordent sur l’importance de disposer d’un système multilatéral efficace et sur le rôle que doit jouer l’Organisation des Nations Unies à cet égard. Dans ce contexte, les deux pays reconnaissent la nécessité de réformer le Conseil de sécurité afin de le rendre plus représentatif du monde d’aujourd’hui et plus efficace face aux problèmes de sécurité qui se posent au XXIe siècle. Les deux pays saluent les avancées déjà réalisées depuis le lancement des négociations intergouvernementales le 19 février 2009 et souhaitent que la réforme intérimaire soit examinée lors de la 65e Assemblée Générale.

La France et le Chili manifestent leur appui au processus de Copenhague. En ce sens, ils travailleront conjointement pour faciliter un consensus lors de la conférence de Cancun (COP16) Les deux pays favoriseront l’adoption de décisions en matière de forêts, de technologie, d’adaptation, d’atténuation et de financement, ainsi qu’à terme d’un accord juridiquement contraignant, conforme aux recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

En vue de la conférence Rio+20, le Chili et la France œuvreront de concert à la gouvernance de l’environnement, qui inclut une organisation mondiale de l’environnement, structure qui permettrait d’accroître la cohérence et l’efficacité au niveau international de l’action en faveur de la préservation de l’environnement.

Les deux Présidents entendent promouvoir une nouvelle architecture internationale qui permette, par une croissance économique globale, un meilleur développement de toutes les régions du monde. La France entend associer étroitement le Chili, Président du Groupe de Rio, à la préparation du G20 dont elle va assumer la Présidence en novembre 2010. Les deux Présidents se concerteront notamment sur les questions de volatilité des prix des matières premières et des financements innovants du développement.
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Engagés conjointement dans la lutte contre la pauvreté, l’exclusion sociale et les inégalités la France et le Chili, membres fondateurs du Groupe pilote sur les financements innovants du développement, qu’ils ont successivement présidé en 2009 et 2010, s’engagent à poursuivre les efforts dans ce domaine. Comme il a été décidé lors de la 7ème Réunion Plénière qui s’est tenue à Santiago en janvier 2010, le Groupe Pilote continuera son travail de recherche de mécanismes innovants de financement, comme les taxes sur les billets d’avion ou les transactions financières internationales, entre autres. Les Présidents ont également rappelé leur engagement à promouvoir les Objectifs de développement du Millénaire, partie intégrante de l’agenda international.

La France et le Chili s’accordent à renforcer leur dialogue au sein de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, notamment sur la question de la sécurité alimentaire et à travailler en commun, au sein de l’Organisation internationale du travail, à la promotion d’une meilleure prise en compte des normes sociales dans le travail et de la responsabilité sociale des entreprises.

Les Présidents ont exprimé la nécessité de promouvoir un consensus au sein de l’Organisation mondiale du commerce en vue de finaliser avec succès les négociations du Cycle de Doha par un accord ambitieux, global et équilibré.

La France et le Chili, membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) depuis le 7 mai 2010, entendent renforcer leur dialogue sur les enjeux économiques globaux, en nourrissant la réflexion à l’OCDE sur la réforme de la gouvernance économique mondiale et l’ouverture de l’Organisation aux pays émergents.

Les deux Présidents considèrent que l’accord d’association entre le Chili et l’Union européenne a dynamisé le dialogue politique, a donné une impulsion aux échanges commerciaux et permis d’établir des programmes de coopération ayant eu une incidence directe sur le développement du Chili. Les Présidents expriment leur conviction que des progrès importants sont encore possibles et saluent le prochain établissement au Chili de la Banque européenne d’investissement.

Dans la perspective du prochain Sommet Union européenne-Amérique latine et Caraïbes, organisé par le Chili en 2012, la France et le Chili travailleront ensemble pour rendre ces Sommets plus efficaces et opérationnels et présenteront des propositions de programme qui auront une incidence directe sur le développement et rendront possible un nouveau regard sur la relation birégionale.

Les deux Présidents expriment leur satisfaction pour la bonne coopération de nos deux pays dans le domaine des droits de l’Homme dont une des traductions a été le lancement, sous Présidence française de l’Union européenne, d’un dialogue Union européenne-Chili spécifiquement consacré à cette question. Ils conviennent de poursuivre ces échanges et de renforcer leur coopération dans les organismes de dialogue international, et en particulier aux Nations unies.

La France et le Chili continueront à conjuguer leurs efforts, en liaison avec la MINUSTAH, pour aider Haïti dans son processus de reconstruction.

2. Relations bilatérales

Les Présidents se sont engagés à encourager les relations économiques bilatérales, dans l’intention d’accroître les échanges commerciaux et les investissements. La France a réaffirmé sa volonté d’accompagner le Chili dans son processus de reconstruction, à la suite du séisme du 27 février 2010. Les deux pays se sont accordés pour travailler ensemble en association avec le secteur privé et les acteurs locaux sur quelques axes stratégiques : l’aménagement urbain et les services publics dans une optique de développement durable.

La France a fait part de sa disponibilité à partager avec le Chili son expérience dans le domaine de la gestion des crises, en ce qui concerne la création d’un centre opérationnel de crise ou l’organisation des communications gouvernementales. Les deux pays conviennent également d’approfondir leur coopération dans les domaines de la sécurité intérieure et de la sécurité civile.

Les Présidents entendent continuer leur coopération dans le domaine de l’énergie, dans le cadre de la Lettre d’Intention et de l’Accord de Coopération signés le 27 mai 2009, qui stimulent les activités d’échange et d’assistance technique entre l’agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et le ministère de l’Energie chilien. Dans le cadre des études préparatoires menées par le Chili dans le domaine de l’énergie nucléaire, les deux pays décident d’élaborer et de mettre en pratique un programme de formation de capital humain dans ce domaine.

En outre, la France est prête à soutenir le Chili dans ses processus de renforcement et de refonte institutionnelle dans ce secteur. Afin d’encourager la poursuite de coopérations dans le domaine de l’énergie, les Présidents ont décidé de créer un groupe d’hommes d’affaires de haut niveau destiné à participer au débat public sur la question de la matrice énergétique et à faire des propositions tant en matière de partenariats industriels que de renforcement des capacités humaines et de compétitivité à long terme (recherche et développement), dans ce secteur stratégique pour les deux pays.

Les deux Présidents se félicitent de la qualité de la relation bilatérale dans le domaine de la défense, résultat des coopérations entre les forces armées des deux pays en matière de formation et d’exercices communs, notamment dans le Pacifique, de l’excellence de la relation en matière d’équipement des forces ainsi que de la tenue régulière du dialogue stratégique entre ministères de la défense. Les deux Présidents conviennent d’approfondir cette relation qui permet aux deux pays d’apporter une contribution substantielle à la sécurité internationale - dans les Balkans, en Haïti et dans la lutte contre la piraterie menée par l’Union européenne (opération Atalante) -, comme au développement de partenariats industriels plus importants.

Les deux pays entendent conforter la coopération franco-chilienne en matière d’enseignement supérieur et de recherche, par le développement de partenariats entre les établissements français et chiliens et le renforcement de la mobilité des étudiants et chercheurs des deux pays. Ils ont décidé à ce titre d’utiliser toutes les potentialités de l’accord signé en mai 2009, relatif au « Conseil franco-chilien de formation du capital humain », qui prenait appui sur le programme de bourses Becas Chile, pour accroître le nombre de boursiers chiliens étudiant en France (jusqu’à 1000 en 2015). Ils entendent travailler ensemble au développement de la formation professionnelle et agricole ainsi que de la formation de cadres intermédiaires en relation avec les entreprises, avec des passerelles vers la formation d’ingénieurs afin d’aider le Chili à se doter des techniciens et cadres intermédiaires qu’appelle l’essor de son économie.

Dans un souci de réciprocité les deux pays s’accordent à développer ou améliorer des dispositifs conjoints de formation supérieure favorisant les échanges de pratiques et la mobilité (double-diplôme, cotutelle de thèse de doctorat ; formation croisée d’ingénieurs, etc.).

Les Présidents conviennent en outre d’intensifier le partenariat en matière de recherche et d’innovation, notamment dans les domaines des technologies de pointe, des énergies renouvelables ou des biotechnologies, aidé en cela par la longue tradition d’échanges entre scientifiques de haut niveau des deux pays, la présence des grands instituts de recherche français (Institut de recherche pour le développement — IRD —, Centre national de la recherche scientifique — CNRS —) au Chili et les laboratoires internationaux associés qui sont une référence internationale, notamment en matière de sismologie, de glaciologie ou d’astronomie, avec les équipements de l’Observatoire européen austral, ESO, et du futur Grand télescope européen — E-ELT.

Les deux Présidents ont décidé de mettre en commun leurs expériences en matière de collèges d’excellence. Ils ont convenus que la France appuiera la création de ces collèges d’excellence au Chili par des actions de coopération éducative, en s’appuyant sur le réseau existant de lycées franco-chiliens et sur l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE).

La France et le Chili ont manifesté leur intention de renforcer leur coopération culturelle, notamment en matière d’échanges institutionnels et d’expertise, en particulier dans le domaine des musées.

Les deux Présidents expriment leur satisfaction pour l’essor des relations entre les collectivités territoriales françaises et chiliennes et des perspectives d’approfondissement ouvertes par la signature en juillet 2010 d’un addendum au protocole franco-chilien de mai 2007 sur la coopération décentralisée.

Les Présidents sont convenus que cette Déclaration constituait une feuille de route de la relation franco-chilienne. Un point d’étape sera fait dans un délai d’un an pour juger de l’avancement des engagements retenus dans celle-ci.

publie le 30/03/2011

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