Discours Mme Anne Marie Idrac

discours Mme Idrac à l´occasion du petit déjeuner du 10 juillet 2009

Madame l’Ambassadrice,
Monsieur le Président de la Chambre franco chilienne de commerce et d’industrie
Mesdames et Messieurs

C’est un vrai plaisir de me trouver avec vous aujourd’hui, à l’issue de ce séjour au Chili certes trop court mais très intéressant et prometteur, et je vous remercie de m’avoir invitée à m’exprimer devant vous.

La France et le Chili ont une longue tradition de proximité de cultures et plus généralement d’idées et exercent depuis longtemps une attirance mutuelle. Le système d’éducation chilien privilégiait au 19 eme siècle l´usage du français et a ainsi largement été inspiré par la France. Par ailleurs, de nombreux entrepreneurs français sont venus à cette époque au Chili, attirés par les opportunités d´affaires nombreuses d´un pays neuf et lointain. Ils ont de ce fait grandement participé au développement du Chili. La chambre de commerce franco chilienne est une des plus anciennes chambres françaises, créée en 1884 à Valparaiso, avec des entrepreneurs de tout premier ordre dont beaucoup ont conservé un lien fort avec la France et ont contribué à développer en France cette image et cette perception d’un Chili attrayant.

Ensuite, le Chili, tout en conservant des liens forts avec notre pays s´est ouvert sur le monde et a suivi le modèle libéral sur lequel il a fondé son développement. Entre temps les partenaires commerciaux du Chili ont changé, les Etats-Unis et la Chine sont devenus ses deux premiers partenaires, relayant la France au rang de 9e client et de 14e fournisseur en 2008.

Il ne tient qu’à nous de redevenir un partenaire majeur du Chili en nous appuyant sur nos expériences acquises et nos nombreux atouts.

Tout d’abord ce sont les quelque 10.000 Français recensés au Chili dont vous faites partie, expatriés ou résidents permanents, avec votre activité et votre dynamisme. J’ai pu me rendre compte, après avoir parlé avec certains d’entre vous, que vous conservez un attachement profond à notre pays et que vous ne manquez pas d’initiatives originales et efficaces pour appuyer son influence et ses performances ici. Et, nous pouvons en être fiers, c’est une descendante d’un immigré français venu de Bourgogne qui a été élue à présidence de la république chilienne.

Nous avons en outre au Chili un ensemble de lycées français qui constitue un instrument exceptionnel de rayonnement et de rapprochement.

En matière économique et commerciale, dans ce contexte d’éloignement que nous avons connu, nos résultats sont plutôt bons. Nos échanges s’inscrivent certes en léger retrait mais ils demeurent à un niveau élevé avec 2,4 milliards d’euros, ce qui place le Chili à la 3eme place de nos partenaires commerciaux en Amérique latine, après le Brésil et le Mexique. Ceci me conforte dans le choix des trois marchés prioritaires que j´ai retenus pour notre commerce extérieur en Amérique latine : le Brésil, le Mexique et le Chili. Ce constat concernant nos échanges est dû bien entendu en grande partie au prix du cuivre qui a dopé la valeur des exportations chiliennes, mais, même hors cuivre, ils demeurent substantiels avec 1,1 milliard d’euros et sont équilibrés. Nos ventes connaissent une progression continue, même si celle-ci n’est pas spectaculaire, et s’établissent à 620 millions d’euros. Le Chili, bien qu’il soit talonné par la Colombie, demeure notre 4ème client en Amérique latine, derrière le Brésil, le Mexique et l’Argentine. Cependant selon une étude de la Chambre de commerce de Santiago, 78% des produits de marques françaises vendues au Chili ne proviendraient pas de France mais des pays alentours comme le Brésil ou l’Argentine, voire même d’Espagne ; nos ventes au Chili mériteraient donc être corrigées de façon importante pour refléter la réalité.

En matière d’investissements, la France détient le 9eme stock d’IDE avec 1 milliard d’euros environ et même si le flux d’investissement venant de France est très faible, il demeure que de belles opérations ont été réalisées ces dernières mois dont le rachat de l’activité de câblier de Madeco par Nexans pour 450 MUSD, les rachats de Marisio, Lefersa, Cesmec et de l’activité de fonds mutuels et d’investissement de Banco Estado respectivement par Schneider Electric, Lesaffre, Bureau Veritas et BNP Paribas, et l’implantation récente au Chili de la Financière Edmond de Rothschild. DCNS, ici représentée, pourrait bientôt les suivre et Accor s’apprête à multiplier ses hôtels dans le pays. Du côté des PME, le fonds d’investissement d’Axa au Chili piloté par le président des conseillers du commerce extérieur, a investi dans 4 PME au Chili. Et je saluerai également avec plaisir l’investissement que vient de faire la jeune pousse de M. Martin ici présent, la société Airpac, pour conquérir, à partir du Chili, le marché latino américain de la pompe à chaleur.

Ce sont au total plus de 130 filiales d’entreprises françaises qui opèrent au Chili auxquelles il faut ajouter les investissements effectués par les ressortissants français établis au Chili.

Pourtant la France pourrait encore faire beaucoup mieux.

Nos performances à l’exportation dépendent encore beaucoup trop des grands contrats, notamment des ventes d’Airbus qui vont d’ailleurs se tarir, au moins temporairement au Chili, et le commerce courant n’en prend pas suffisamment le relais. Le nombre de sociétés qui exportent au Chili a tendance à se réduire pour se stabiliser à environ 2 000 contre 4 200 au Brésil, 3 700 au Mexique ou encore plus de 2 200 en Argentine. Enfin et surtout, face à des pays membres de l’Union européenne confrontés comme nous à la perte de compétitivité liée à la vigueur de l’euro, la France se laisse rattraper : si elle reste le 2eme fournisseur européen du Chili, elle est talonnée par une Espagne très dynamique et par l’Italie. Plus préoccupant : depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association du Chili avec l’Union européenne, la France n’a vu ses ventes progresser que de 55% en valeur, alors que celles de l’Allemagne ont augmenté de 173%, celles du Royaume Uni de 166% et celles de l’Espagne et de l’Italie de 107%.

En matière d’investissements, nous ne sommes que le 5eme investisseur européen au Chili en stock et alors que les IDE dépassent depuis 2 ans les 10 milliards de dollars dans ce pays, ce qui en fait le 3eme pays récipiendaire dans la région (derrière le Brésil et le Mexique), les statistiques ne montrent que des flux annuels venant de France qui ne dépassent pas les 50 millions de dollars.

Nous ne savons pas en réalité tirer suffisamment parti des avantages considérables que présente le Chili dans cette région du monde.

Ce pays est en effet un modèle de bonne gouvernance publique et financière de même que de continuité politique, ce qui en fait le meilleur risque pays de tout le continent. Outre les ressources financières considérables qu’il a accumulées, c’est un pays extrêmement ouvert sur l’extérieur, puisque plus de 90% de ses échanges sont faits avec des pays avec lesquels il a signé des accords de libre échange, et qui maintient son adhésion au libre échange même en cette période de crise, résistant ainsi à la tentation du protectionnisme à laquelle d’autres pays cèdent. Le Chili est à cet égard le seul pays en Amérique latine avec le Mexique à avoir signé un accord d’association avec l’Union européenne, en vigueur depuis 2003. C’est un pays qui investit désormais à l’étranger, surtout certes en Amérique latine et prend des positions d’importance dans des secteurs variés comme le commerce, la grande distribution ou le transport aérien et dans le bois et ses dérivés. Avec 6,9 Mds USD investis dans la région (+76%/2007), le Chili est le 2e plus important investisseur latino-américain en valeur absolue, bien après le Brésil (20,5 Mds USD) mais devant le Venezuela. Cependant, en part relative, avec des investissements représentant ainsi près de 4% de son PIB, le Chili devient même en 2008, le 1er investisseur de la région. Il a aussi mis en place un statut de plateforme régionale qui lui permet d’attirer sur son territoire des sièges sociaux pour des activités développées sur le continent ou au-delà. La France bénéficie enfin du grand avantage d’avoir signé un accord de non double imposition avec le Chili et de la protection de ses investissements, dans le cadre de l’accord d’association avec l’Union européenne. Sans oublier que l’adhésion prochaine du Chili à l’OCDE viendra couronner la continuité des efforts que le Chili s’est imposé et renforcer son image de bon élève dans cette région du monde.

Le voyage de la présidente Bachelet en France, il y a 5 semaines, a fort justement permis de replacer le Chili parmi les partenaires importants de la France et ma présence ici aujourd’hui en est l’illustration. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui déjà avait annoncé que la France devait s’intéresser davantage à l’Amérique latine, a indiqué à cette occasion qu’il souhaitait faire du Chili, un pays sûr et sérieux, un des points d’ancrage de la France en Amérique latine, former en France un grand nombre de jeunes Chiliens et développer nos relations économiques et commerciales.

Lors de cette visite ont été signés plusieurs accords de fond qui vont nous permettre d’améliorer notre influence, notre compréhension mutuelle et d’accompagner les entreprises sur le secteur d’avenir qu’est l’énergie. Ils portent sur :
· la formation de 1.000 boursiers en France en 5 ans dans des secteurs d’excellence, notamment l’économie, la gestion et les disciplines d’ingénieurs ;
· la mise en place d’un lycée agricole pilote selon le modèle français dans la 9eme région, et d’un lycée technologique pilote à Illapel dans le nord ;
et
· le resserrement des liens dans le domaine de la recherche avec le CNRS ;

Dans le domaine de l’énergie ont été signés deux accords : une Lettre d´intention globale dans le domaine de l´énergie incluant les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et, si le Chili le souhaite, le nucléaire civil, ainsi qu´un Accord de coopération spécifique, le premier du genre, dans le domaine des énergies renouvelables. Je souhaite que ce cadrage institutionnel donne lieu désormais à des coopérations fructueuses et des échanges commerciaux plus nombreux dans ces secteurs entre nos deux pays. Les projets rentables dans ce secteur ne manquent pas au Chili avec un prix de l’électricité qui est le double de celui de la France et nous avons désormais de bonnes bases pour permettre à nos entreprises de profiter de ces opportunités.

La ministre pourrait évoquer à ce moment les résultats de son entrevue avec le ministre de l’énergie, Marcelo Tokman.

Par ailleurs, le Chili commence à investir fortement à l’étranger et l’exemple de l’investissement croisé entre Nexans et la famille Luksic qui est entrée au capital du groupe français à hauteur de 9,2 % doit nous donner à réfléchir. Les investisseurs chiliens puissants sont en nombre respectable et il nous faut rechercher des opportunités de partenariat avec les entreprises françaises, en France, au Chili et dans les pays tiers. Cette perspective a fortement séduit les deux présidents qui ont souhaité la constitution d’un groupe d’hommes d’affaires franco-chilien de haut niveau à cet effet, mais aussi avec comme objectif de dynamiser le commerce bilatéral.

La ministre pourrait évoquer ici la rencontre avec le ministre des relations extérieures, Mariano Fernandez, et les hommes d’affaires chiliens, notamment le Président de la CPC (équivalent du MEDEF), Rafael Guilisasti

Si la Ministre a pu rencontrer le ministre des finances chilien et évoquer ce sujet lors de la dernière ministérielle de l’OCDE, elle pourrait ajouter ce paragraphe à son discours

Le premier ministre François Fillon et la présidente ont souhaité poursuivre le dialogue sur la crise financière internationale. Un groupe de travail bilatéral est ainsi en cours de constitution au niveau des deux ministères des finances. Il permettra de mieux connaitre en France l’expérience du Chili de gouvernance économique et de régulation financière et de familiariser les économistes chiliens, trop souvent formés exclusivement aux Etats-Unis, avec notre école d’économie et nos vues en la matière

La ministre pourrait évoquer ici la rencontre avec le ministre des Finances, Andres Velasco
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Grâce à la constitution de l’équipe de France de l´export pour accompagner nos entreprises sur les marchés internationaux, les entreprises françaises disposent d’appuis importants et compétents pour les aider sur ce marché qui bénéficie des avantages liés à son statut privilégié de pays prioritaire, c’est-à-dire un appui financier exceptionnel pour participer à des opérations de promotion labellisées par Ubifrance. Ubifrance sera amené à poursuivre ses efforts au Chili pour y amener toujours davantage d’entreprises, en particulier des PME.

C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de participer hier à l’inauguration de Vinitech America Latina qui compte, avec le pavillon français et ses 15 exposants, la participation étrangère la plus importante. Ce sera ensuite avec le salon Ambiental du 7 au 10 octobre prochain que les entreprises françaises de l’environnement et des énergies renouvelables auront rendez-vous, sur un stand France qui sera vraisemblablement le plus important de la manifestation. Le programme de promotion pour les années suivantes n’est pas encore arrêté mais il sera substantiel et varié, orienté notamment vers les clients miniers, le secteur de l’agroalimentaire et de la mer, les transports et toujours les écoindustries, secteur dont je suis convaincu de l´avance technologique de nos entreprises comme j´ai eu l´occasion de le voir lors d´un séminaire que j´ai souhaité organiser à Bercy le 11 mai dernier, avec certains d´entre vous d´ailleurs, sur les « Eco-Entreprises françaises à la conquête du marché mondial ».

Je terminerai en vous assurant de mon complet soutien dans votre recherche de complémentarité entre les activités de la chambre franco chilienne de commerce et d’industrie et celles du service économique, comme elle existe dans de nombreux pays, et en particulier en Allemagne, premier partenaire commercial de la France. Cette démarche ne peut que rendre encore plus lisible notre dispositif au profit de nos PME et de leur internationalisation, et peut leur apporter ce qui leur manque le plus pour réussir sur des marchés lointains comme le Chili : un partenaire fiable et compétent qui puisse se charger pour leur compte d’un suivi commercial efficace sur place et lui déléguer des fonctions relevant de leur service export.

publie le 07/07/2009

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