Discours de Mme Conway-Mouret devant la communauté française (Santiago du Chili, 10/03/2014)

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Monsieur l’Ambassadeur,

Monsieur le Député,

Madame la Conseillère à l’Assemblé des Français de l’étranger,

Messieurs les Conseillers du commerce extérieur,

Messieurs et Mesdames, membres du personnel de l’Ambassade et des lycées français,

Mes Chers Compatriotes,

C’est avec un réel plaisir que je suis à vos côtés à la résidence de France à Santiago. Tout d’abord parce que cette maison est un haut lieu du croisement de la mémoire entre nos deux pays. Elle a accueilli, vous le savez, des centaines de Chiliens et Franco-Chiliens au lendemain du coup d’État du 11 septembre 1973 leur sauvant ainsi la vie. Dans sa dernière allocution radiodiffusée Salvador Allende disait : « D’autres hommes dépasseront ce moment gris et amer dans lequel la trahison prétend s’imposer. Continuez et sachez que s’ouvriront bientôt les grandes avenues où l’homme digne s’avancera pour construire une société meilleure (...). Ce sont mes dernières paroles et j’ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas vain. »

Cette fière bâtisse incarne d’une certaine manière sur le sol chilien les valeurs de la République française. La liberté, l’égalité et la fraternité, mais aussi la résistance à l’oppression. Ces valeurs sont les miennes, les vôtres et celle d’un Chili qui a renoué avec la démocratie et l’État de droit, donnant enfin raison au président Allende.

Vous le savez, la grave crise diplomatique qui agite aujourd’hui l’Europe, a conduit Laurent Fabius et le président de la République à me demander de représenter notre pays à l’occasion de la prise de fonctions de la présidente Michelle Bachelet. Quelle que soit la gravité de la situation, il n’était en effet pas envisageable que la France ne soit pas présente à cette occasion au nom de la mémoire commune que nous entretenons avec ce pays.

Ma visite s’inscrit ainsi dans le prolongement, l’an dernier, de celle du Premier ministre et de quatre autres membres du gouvernement lors du premier sommet UE/CELAC. Ce déplacement est ainsi le reflet concret de l’importance et de l’intérêt croissants qu’attache notre pays au Chili, à ce « pays de l’éternité » dit le folklore irlandais qui m’est si cher. Il est la manifestation tangible de notre volonté d’approfondir le dialogue politique entre nos deux pays, unis par des liens séculaires.

Mes Chers Compatriotes,

Vous êtes les ambassadeurs de la France - vous n’êtes décidément pas seuls aujourd’hui Monsieur l’Ambassadeur - sur cette terre aujourd’hui pleinement démocratique et prospère. Vous êtes les précieux vecteurs de notre culture, de notre langue et de nos valeurs et principes. La France ne peut de ce fait vous oublier. Elle se tient à vos côtés.

En premier lieu, à travers l’action de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. Celle-ci anime au Chili un réseau de 5 établissements, soit le plus important d’Amérique Latine. Ainsi, vos enfants peuvent-ils recevoir une éducation permettant tout à la fois une ouverture au monde et aux autres cultures, tout en garantissant l’acquisition de solides références culturelles françaises.

Il s’agit d’établissements dispensant un enseignement de qualité comme l’attestent cette année encore les remarquables résultats au baccalauréat ou le fait qu’ils figurent tous à nouveau sur la liste des 100 meilleurs lycées du Chili.

Un nouveau mécanisme d’aide à la scolarité est entré en vigueur. Je l’ai souhaité plus juste et plus lisible pour les parents qui font le choix d’inscrire leurs enfants dans des établissements homologués. Des critères objectifs de calcul ont été retenus, dans le sens d’une plus grande équité, vous le savez.

La France est également présente à travers notre consulat et le réseau de nos consuls honoraires, au rôle irremplaçable desquels je rends hommage dans l’accompagnement de nos ressortissants. Permettez-moi à cette occasion d’évoquer la réforme du réseau consulaire qui poursuit trois grands objectifs : la simplification, la modernisation et l’amélioration du service rendu.

C’est un chantier qui a déjà permis de réelles avancées : la création d’un passeport « grand voyageur » ; l’adaptation du site « MonConsulat.fr » et de la valise « Itinera », qui permet aux agents consulaires d’aller à la rencontre des usagers dans les circonscriptions étendues pour régler les problèmes administratifs.

Mobilité, enseignement, modernisation du réseau consulaire : vous le voyez, mon ministère est mobilisé pour faciliter la vie des Français de l’étranger. Car nous sommes convaincus que l’expatriation constitue une opportunité individuelle qui profite à la France dans son ensemble.

Mes Chers Amis,

La présence française se traduit aussi par l’action de nos conseillers du commerce extérieur, de la mission économique, d’Ubifrance, de la chambre de commerce franco-chilienne, des associations et de l’ambassade. Tous appuient nos entreprises dans leur quête de nouveaux marchés ou leur désir de « décrocher » de nouveaux contrats.

La diplomatie économique est l’une des priorités de l’action du ministère des affaires étrangères. Dans un monde largement ouvert qui est aujourd’hui notre horizon, nous devons chaque jour davantage aller chercher notre croissance sur les marchés extérieurs. C’est une réalité et un impératif. Et nous devons le faire en premier lieu dans les économies émergentes, telle que le Chili.

Ainsi, notre pays a-t-il promu l’accord d’association conclu entre l’Union européenne et le Chili il y a dix ans. Certes, nous ne sommes que le 10ème investisseur et fournisseur du Chili, alors que nous disposons d’atouts de tout premier ordre dans de nombreux secteurs. Mais cela évolue grâce à vous.

Vous y travaillez, je le sais. De cette nouvelle vision, de cette nouvelle stratégie, vous êtes, vous Français de l’étranger, les relais privilégiés. Grâce à vous, des marchés s’ouvrent, des partenariats émergents, des passerelles se créent entre l’économie française et nos partenaires étrangers.

Je pense à nos grands groupes bien sûr, qui sont présents dans de multiples secteurs clefs, que ce soit l’énergie, l’eau, les transports, la défense, la viticulture ou la restauration, mais aussi de nombreux jeunes entrepreneurs dynamiques. Ils y travaillent en investissant, en créant leur entreprise et des emplois. Plus de 190 entreprises françaises sont aujourd’hui implantées au Chili et emploient près de 40.000 personnes.

De nombreuses autres suivront ; je vous fais confiance.

La sécurité des Français de l’étranger constitue également une priorité de mon ministère. Vous le savez mieux que quiconque : « aller chercher la croissance là où elle se trouve », comme le dit Laurent Fabius, implique parfois de développer une activité dans des zones sensibles. Je pense bien sûr ici au terrible séisme qui a touché le centre du Chili en février 2010.

Sur ces questions cruciales, nous travaillons de concert avec l’ambassade, dont je salue l’action ainsi que le Centre de crise du Quai d’Orsay. C’est ensemble que nous imaginons les outils pour améliorer la circulation de l’information, analyser les risques et les prévenir. C’est également en coopération étroite avec les autorités locales que nous progressons.

Enfin, le renforcement de nos liens passe également par le développement de la coopération universitaire et scientifique. Le nombre d’accords entre nos universités s’élève à près de 350 au Chili, témoignant ainsi de la vitalité de nos échanges académiques. 10 laboratoires scientifiques communs de pointe sont installés dans ce pays. La France, à travers l’INRIA, contribue activement à l’innovation au travers de son soutien au centre chilien d’excellence pour les nouvelles technologies, le CIRIC.

Nous devons également agir en faveur du développement des échanges entre étudiants de nos pays. C’est pourquoi nous avons lancé des négociations en vue de la conclusion d’un accord sur la reconnaissance mutuelle des diplômes et des parcours d’études, qui je l’espère aboutiront prochainement. C’est ainsi que j’inaugurerai demain au lycée français de Viña Del Mar un tronc commun en ingénierie créé par l’UTC de Compiègne, qui facilitera la poursuite par les étudiants chiliens, et au-delà latino-américains, de leurs études supérieures en France.

Mes Amis,

Le Chili n’est pas un pays quelconque à nos yeux. Il est un véritable partenaire avec lequel nous entendons avancer vers une alliance stratégique, comme l’atteste la feuille de route bilatérale agréée en 2010. Il est un pays exemplaire en Amérique Latine.

Il se trouve aujourd’hui néanmoins à un moment clef de son histoire, comme en témoigne la volonté de la présidente Michelle Bachelet d’avancer sur la voie d’une société plus juste et équitable. La nouvelle chef de l’État peut compter sur le soutien de la France - qui est celui de la patrie de ses ancêtres - pour l’aider dans la mise en oeuvre de ses ambitieuses réformes, que ce soit en matière d’éducation, de santé ou de retraites.

Le Chili partage nos valeurs humanistes et notre attachement aux droits de l’Homme. Il promeut tout comme nous une vision régulée de la mondialisation et le rôle central du multilatéralisme, pour un monde plus juste et plus stable. J’en veux pour preuve notre action commune en faveur des financements innovants pour le développement ou de la lutte contre le changement climatique, mais aussi notre engagement conjoint en faveur de la reconstruction et du rétablissement de l’État de droit en Haïti. La participation du Chili au Conseil de sécurité durant le biennum 2014/2015 sera l’occasion d’accroître encore davantage les synergies entre nos deux pays.

Permettez-moi enfin en guise de conclusion de dire un mot de la réforme de la représentation politique des Français de l’étranger. Cette réforme, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault l’a voulue et je l’ai menée à bien. Elle était attendue de longue date et va dans le bon sens : celui de l’équité, de la proximité et de la vitalité citoyenne.

Cette réforme entrera en vigueur dès cette année. Vous serez ainsi appelés à élire au Chili 4 conseillers consulaires le samedi 24 mai prochain, le même jour que les élections européennes : deux échéances qui influeront grandement sur votre quotidien de Français établis hors de France et d’Européen.

Ce sont des élections d’importance d’autant qu’il vous sera possible de voter par voie électronique pour les élections consulaires. Je compte sur la mobilisation de tous pour faire de la participation à cette élection un succès.

Je sais aussi que je peux compter sur votre engagement et votre mobilisation pour continuer à oeuvrer au renforcement de l’amitié franco-chilienne. Et sans crainte de me méprendre, je ne peux que citer ici le grand poète chilien, qui a tant apporté à la beauté du monde, Pablo Neruda : « Un seul mot, usé, mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie : merci ! ».

Je veux simplement que vous sachiez que c’est une part de la France qui se trouve ici par-delà sa diversité et même ses contradictions ; c’est une part de la France à laquelle la Nation doit sa solidarité ; c’est une part de la France fière de ce qu’elle est et de ce qu’elle apporte.

Vive la République,

Vive le Chili,

Vive l’amitié franco-chilienne.

publie le 25/06/2014

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